Le Parlement des Rêves

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Reboot yourself : les mots des séries

Reboot yourself : les mots des séries

Aussi installée qu’elle puisse sembler être aujourd’hui, un signe ne trompe pas quand il s’agit de mesurer que la série télévisée n’a pas encore tout à fait opéré sa transition depuis la contre-culture pour devenir une culture établie à part entière : le genre n’a pas encore figé son vocabulaire.


Over here

C’est particulièrement évident en France, où même les plus basiques ne sont pas intégrés. Sitcoms, soaps, shortcoms et miniséries forment toujours aux yeux de beaucoup, et notamment de l’essentiel des médias mainstream, un magma incohérent.

Tous ces mots, qui désignent des choses précises, sont dans les faits utilisés de manière interchangeable dès lors qu’un article n’est pas signé par un des quelques spécialistes français.

C’est vrai, ces journalistes spécialisés dans la couverture de l’actualité et la critique des séries se sont multipliés ces dernières années, vague du succès grand-public aidant. Mais force est de constater qu’ils restent relativement peu nombreux – il suffit de comparer au nombre de grandes signatures qui existent dans le domaine du journalisme cinéma – et relativement peu influents dans les rédactions – en très grande partie parce que le spécialiste série reste, dans presque la totalité des cas, un pigiste indépendant. Ce travail en freelance, même quand il est maintenu sur la durée, limite leur capacité à interagir avec (et donc, soyons clair, à former) le reste des rédactions. Et puis tout cela n’est pas bien important, on ne parle que de séries, hein, jurerait-on d’entendre soupirer le rédac chef en passant à autre chose.

Over there

Les États-Unis conservent leurs trente ans d’avance, et ne baignent pas dans cette inculture généralisée qui, ici, ne semble au fond gêner presque personne. Reste que même là-bas, les choses sont bien plus floues et ambigües dans l’univers des séries qu’elles ne le sont au cinéma. Quand les exécutifs de Sony ont annoncé l’annulation du sequel (suite) « Spiderman 4 » qui aurait été réalisé par Sam Raimi et le reboot (redémarrage) de la franchise par un nouveau « Amazing Spiderman » réalisé par Marc Webb, ils savaient exactement quels mots ils utilisaient et ce qu’ils voulaient dire.

A la télévision, ces distinctions ne sont pas faites. Reboot, remake, new season, revival, continuation, coexistent dans leur propre magma incohérent, interchangeables dans leur usage alors qu’ils ne le sont pas dans leur définition. Reboot, remake, new season, revival, continuation : on a entendu tous ces mots appliqués, à tort trois fois sur quatre, au retour de « Dallas » sur TNT, à « 24 : Live another day », ou au futur « Twin Peaks » sur Showtime. Personne n’a pris la peine de corriger. Personne n’a pris la peine de figer le vocabulaire. Tout cela n’est pas bien important.

Reboot yourself : les mots des séries

The case of The X-Files

Et c’est ainsi qu’en pleine conférence de presse bi-annuelle devant la Television Critics Association, Gary Newman co-directeur du Network Fox et de son studio affilié 20th Television, a évoqué pour la première fois officiellement les discussions sur un retour de « The X-Files », qui fait l’objet de discussions depuis plusieurs mois, sans doute plus d’un an (Frank Spotnitz l’avait annoncé à Romain Nigita en mars 2014 : ‘‘ça va se faire’’). Si ces discussions sont rendues publiques, c’est qu’elles avancent bien. D’ailleurs, Newman indique avoir ‘‘bon espoir’’ que le projet voit le jour.
Mais, devant cette assemblée de gens qualifiés, pour qui les mots ont un sens, alors que lui-même est un haut responsable dans le domaine de la télévision américaine depuis vingt ans, Newman a utilisé le mot reboot.

 

Reboot. Reprise à zéro. Nouveaux acteurs. Nouvel Univers. Redémarrage.

L’information est rapportée telle qu’elle, notamment par Deadline. Et puis quelques minutes plus tard, à l’issue de la grande conférence de presse, un petit groupe de journalistes, notamment de IGN, s’approche de la co-directrice Dana Walden. Ils lui demandent si Fox est proche de signer les contrats qui lanceront pour de bon le projet. ‘‘Vous savez de qui on parle !’’ s’amuse Walden. ‘‘Vous croyez vraiment que je peux vous donner des détails ??’’

Mais de détail, elle en a tout de même donné un crucial. ‘‘Gary et moi avons tous deux travaillé [au sein du studio 20th Television, dont ils ont pris la direction en 1999] sur toute la durée de The X-Files. Cela a été une expérience formidable. Nous avons conservé d’excellentes relations avec le créateur Chris Carter, Gillian [Anderson], et David [Duchovny]. Nous avons vraiment très bon espoir. C’est difficile parce que ce sont des acteurs qui sont très occupés. Chris a beaucoup de choses de son côté. Alors il s’agit de terminer ces conversations’’.

Et donc soudain, les choses s’éclairent. Il n’est nullement question d’un reboot, mais bien d’un prolongement, qui réunira l’équipe originale.
L'acte final de l'histoire de la série, celui que ses créateurs avaient mis de côté pour un éventuel troisième et dernier film ciné.

Dana Walden appuie explicitement : ‘‘on ne le fera pas sans Chris’’. La question est donc essentiellement d’aligner les plannings.

Gillian Anderson joue dans deux séries à la fois ces temps-ci, « Hannibal » et « The Fall », Duchovny tourne « Aquarius » pour NBC, et Chris Carter continue de développer des projets, notamment pour AMC – en dépit des annonces de la fin de sa carrière publiées dans la presse française, comme s’il était écrit quelque part que le travail ne Carter ne pouvait être évoqué que sous l’angle de l’hystérie.


Les mots ont un sens. On apprend ces définitions quand on considère qu’un sujet le mérite. Force est de constater que les séries n’en sont pas encore tout à fait là.

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