Le Parlement des Rêves

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The X-Files : Home (10 épisodes à revoir avant le revival, volet 5)

The X-Files : Home (10 épisodes à revoir avant le revival, volet 5)

The X-Files, la série culte des années 90, sera de retour en janvier 2016 pour un revival orchestré par son diffuseur d’origine, Fox, qui a réuni son créateur, Chris Carter, et ses stars David Duchovny et Gillian Anderson. En juillet, Fox a lancé l’opération 201 days of The X-Files, autour d’un revisionnage intégral des aventures paranormales du duo d’agents du FBI. Mais si vous n’avez pas autant de temps à consacrer à Mulder et Scully, je vous suggère dix épisodes pour se remettre dans le bain.

Volet 5

Home (La meute) – Saison 4, épisode 02

Scénario : Glen Morgan & James Wong. Réalisation : Kim Manners.
Guest stars : Tucker Smallwood (Shérif Andy Taylor), Sebastian Spence (Barney Paster).

Le sujet.

Dans une toute petite ville rurale de Pennsylvanie, un cadavre de bébé horriblement malformé, qui a été enterré vivant, est retrouvé à proximité de la demeure des Peacocks. Cette famille vit totalement isolée du reste du monde depuis l’époque de la guerre civile et perçoit toute tentative d’approche comme une agression, à laquelle les Peacocks répondent avec une violence sans retenue.

The X-Files : Home (10 épisodes à revoir avant le revival, volet 5)

Pourquoi cet épisode ?

Glen Morgan et James Wong, outre leur travail sur la psychologie des personnages, étaient aussi connus pour leurs loners très flippants. Et ‘Home’ est le plus connu de ceux-là.

Revenus « à la maison » après l’annulation de Space : Above and Beyond, le duo de scénaristes passe une demi-saison au sein des équipes de 1013 Productions, avant de partir développer un autre Pilote. Pendant cette période, ils livrent pas moins de sept épisodes : quatre pour X-Files, et trois pour MillenniuM. C’est James Wong qui s’est concentré sur l’écriture des MillenniuM, tandis que Glen Morgan est davantage à l’œuvre sur les épisodes de The X-Files. Trois d’entre eux, ‘Home’, ‘The Field Where I Died’ (4x05, Le pré où je suis mort) et ‘Never Again’ (4x13, Jamais plus) sont d’ailleurs très personnels et traitent, sous différents angles, de la situation familiale tourmentée que traversait Glen Morgan. Il était en effet en train de divorcer de sa première femme, une séparation tendue et douloureuse. Mais il était par ailleurs retombé amoureux, d’une des actrices de Space, Kristen Clocke, la principale guest-star du très romantique ‘The Field Where I Died’.

Brutal et violent, ‘Home’ suscita une énorme controverse au moment de sa première diffusion, au point que le Network Fox annonça le bannir de son antenne et ne plus jamais le rediffuser. (Une censure qui se transforma en argument promotionnel pour mettre en avant les rediffusions sur la chaîne câblée FX, appartenant au même groupe.)
L’épisode écrit et réalisé par Glen Morgan pour le revival est intitulé ‘Home Again’ et si, contrairement aux premières rumeurs, il ne s’agira pas d’une suite à ‘Home’, il est clair que l’ambition de Glen Morgan est d’effrayer au moins autant.

‘Home’ touche quelques cordes sensibles – le meurtre d’un nouveau-né dont on voit le cadavre difforme, la peur primale d’un monstre sous le lit réalisée d’une manière très dérangeante. Cependant, force est de constater au visionnage qu’il n’est pas le plus gore, le plus noir, ni même le plus violent des épisodes tournés jusque-là. Pour cette raison, Glen Morgan eu du mal à comprendre les raisons de ces polémiques. C’est que leur vraie cause se trouve ailleurs : dans le propos développé, une remise en cause brutale des American values, et notamment de la famille posée comme valeur absolue. « A une époque, je vivais avec ma femme et des enfants, mais ce n’était pas une bonne famille, » explique Glen Morgan [Morgan and Wong return to The X-Files, par Paula Vitaris, Cinefantastique, octobre 1997]. « Je pense qu’une famille doit être ensemble, mais pas à n’importe quel prix. Je crois aux valeurs familiales, mais ça dépend des familles : les Peacocks croyaient aux valeurs familiales aussi ».

La question de l’alignement politique de The X-Files a souvent été posée. Parce qu’elle invitait fortement à remettre en cause le gouvernement, un des thèmes fétiches de la droite américaine, certains ont vu en Carter un Républicain. Carter répondait à l’époque que si les Républicains disent : ‘faites-nous confiance’, lui et sa série répondaient : ‘ne faites confiance à personne’. En réalité, The X-Files était plus nettement libérale que conservatrice, et ne se montrait pas populiste. Son exploration des faces sombres de l’Amérique ne l’amenait pas seulement à bousculer les élites de Washington, mais aussi la population rurale et conservatrice des profondeurs du pays. Les Peacocks, famille restée immobile depuis l’époque de la guerre civile, en sont un des exemples les plus saillants (et étrangement dans l’air du temps de 2015, alors que les États-Unis viennent de débattre sur l’usage par certains du drapeau confédéré).

The X-Files : Home (10 épisodes à revoir avant le revival, volet 5)

Coulisses.

Les épisodes horrifiques étaient les préférés du réalisateur Kim Manners, et il fut particulièrement ravi d’être assigné à la mise en scène de celui-ci, qui référençait directement les séries B qui l’avaient nourri.

Le département de censure de la chaîne a imposé des transformations. A sa demande, les trois frères sont devenus de véritables monstres quasiment sans aucune ligne de dialogue. Le bébé est peu montré à l’écran et, contrairement au mix original que l’on peut découvrir sur les DVD, on ne l’entend pas pleurer pendant qu’il est en train d’être enseveli.
Le scénario contrebalance la noirceur de l’histoire par des scènes de badinage entre Mulder et Scully, légères et réussies mais qui, paradoxalement, renforcent encore par contraste la violence de l’ensemble. Ce sont les mêmes principes rendent l’usage de la chanson Wonderful particulièrement glaçante.

La quatrième saison est celle de la maturité de la série, qui bénéficie désormais d’un budget élevé et peut se permettre un raffinement visuel très rare à l’époque. Sous l’impulsion de nouveaux directeurs de la photographie, l’image devient moins désaturée, avec un penchant pour les tons mordorés. Néanmoins, si ‘Home’ crédite deux directeurs de la photographie, c’est parce que le premier, Ron Stannett, a été remercié en milieu de tournage pour ne pas respecter le style visuel très sombre de la série. Son remplaçant est Jon Joffin, qui s’occupait jusque-là d’éclairer les scènes tournées par la deuxième équipe.
Ces épisodes ont particulièrement bien traversé le temps et ne jureraient pas s’ils étaient programmés par un Network aujourd’hui.

Si vous avez plus de temps...

N’hésitez pas à regarder les autres épisodes signés par Morgan & Wong pour la saison 4, très différents mais tous réussis. ‘The Field Where I Died’ (4x05, Le pré où je suis mort) confronte Mulder à une femme qui pourrait avoir été son âme sœur dans plusieurs vies antérieures. ‘Musings of a Cigarette-Smoking Man’ (4x07, L’homme à la cigarette) est une sorte de biographie romancée du Fumeur, où on ne peut séparer la fiction de la réalité. Enfin, ‘Never Again’ (4x13, Jamais plus, chroniqué ici dans ma série d’articles X-Files en 20 épisodes) explore une phase de spleen chez Scully qui s’incarne dans une attirance pour un homme récemment divorcé et dépressif, et qui pourrait être sous l’influence de son nouveau tatouage.
D’autres explorations réussies du versant noir de la small town America peuvent se retrouver dans ‘D.P.O.’ (3x03, Coup de foudre, chroniqué ici dans ma série d’articles X-Files en 20 épisodes), qui offre un point de vue désabusé sur la génération MTV, ou encore dans deux épisodes signés Chris Carter : ‘Red Museum’ (2x10, Le musée rouge) et ‘Irressistible’ (2x13, Le fétichiste).

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