Le Parlement des Rêves

Le Parlement des Rêves

Menu
Change we can believe in

Change we can believe in

Change we can believe in

Barack Obama a été investi la semaine dernière, et j’ai veillé tard en regardant CNN pour assister à son premier grand discours de candidat. Une performance époustouflante : Obama est électrisant, incroyablement naturel, alors même que tout est millimétré, comme en témoignent les regards caméras pile au moment des dix courtes phrases qui seront les extraits retenus par les JT et diffusés en boucle.

L’élection américaine de novembre sera particulièrement intéressante, et pas seulement pour les Etats-Unis.

Les gauches d’occident vivent en effet une période particulièrement difficile, qui n’est pas exactement prête de s’arranger, sous l’influence de facteurs divers mais concordants. En premier lieu, le nouvel individualisme et la conception de plus en plus anti-étatiste de la liberté individuelle qui s’est développé depuis 20 ans. Et puis il y a la réalité démographique : le départ à la retraite des baby-boomers et le décalage vers le haut de la pyramide des âges.

Sans trop généraliser, on sait quand même que plus on avance en âge, plus le vote à droite devient majoritaire. Un pays qui vieillit est un pays où se renforce les peurs, et donc le conservatisme. On se rappelle des scores de Nicolas Sarkozy chez les ‘‘seniors’’ en 2007 : au deuxième tour, il comptabilisait 68 % des suffrages des plus de 70 ans et 61 % des 60-69 ans, ce qui lui permettait la victoire. C’est aussi la caricature de la logique du bouc-émissaire qui a porté Sarkozy au pouvoir : la France retraitée, inquiète (non sans raisons), exigeait des autres qu’ils travaillent plus pour gagner plus... et financer les pensions de retraite. Un sondage de ce mois-ci indique encore que 65% des français sont contre l’idée de travailler plus eux-mêmes. Si on ajoute à ces 65% tous ceux qui subissent un temps partiel imposé, on constate clairement que la part de ceux qui veulent travailler plus que 35h eux-mêmes n’est pas seulement minoritaire, elle est quasi-négligeable.
Ces phénomènes de l’individualisme (exacerbé dans un pays qui s’est donné tout entier au capitalisme) et de vieillissement sont aussi réels aux Etats-Unis, où le sentiment de peur issu des difficultés économiques est encore renforcé par le contexte post 11-septembre.

Pourtant, je crois qu’Obama sera élu, pour la même raison qu’il s’est finalement imposé face à Hillary Clinton dans les primaires démocrates. Quelles que soient les noires tentations de l’Amérique, elle garde encore pour elle une qualité précieuse : elle ne s’est pas laissée dévorée par le cynisme. Obama n’y séduit pas seulement parce qu’il est un orateur brillant, et une incarnation séduisante d’une Amérique jeune et triomphante, mais aussi parce qu’il revendique un idéal commun, un projet de réconciliation-reconstruction collectif. En France, un politique qui dirait ce que dit Obama serait instantanément ridiculisé, décridibilisé (comme le fut Royal qui a beaucoup en commun avec Obama, et une énorme différence : c'est une oratrice très médiocre). Aux Etats-Unis, Obama a une réelle chance de survivre aux cyniques.

Si ce n’est pas le cas, si cette élection marque même là-bas le renoncement à une forme d’idéalisme romantique en politique, et bien... on n’est pas dans la merde.

Cette question de l’image collective qu’un pays peut se faire du politique n’est pas anodine. Dans son état d’esprit actuel, la France ne pourrait jamais produire une série telle que The West Wing, qui raconte les coulisses de l’administration d’un Président idéal.

C’est bien simple, je n’arrive pas à trouver un seul exemple à la télé ou au cinéma français, de personnage de politique qui ne soit pas corrompu. Enfin techniquement, un exemple me vient à l’esprit, le personnage de Rubempré dans la mini-série «Rastignac» de France 2... Mais c’était un immense naïf, qui finissait par porter le chapeau des corruptions qu’il avait laissées faire sans les voir, et se suicidait, non sans avoir été violé par son mentor au préalable (!). Je suppose qu’on sera d’accord pour dire qu’en tant que représentation positive du politique dans la fiction, ça ne compte pas. (S'il y a un exemple que j'oublie ou que je ne connais pas, n'hésitez pas à me signaler dans les commentaires)

La vie politique française, depuis l’éternelle nuit des long couteaux à gauche jusqu’à la décomplexion décomplexée Sarkozienne (j’ai tous les pouvoirs, donc j’en profite à fond sans remords) est fondamentalement la conséquence, bien plus que la cause, de la vision que les français se font collectivement de la politique. Si un changement doit survenir, il ne viendra pas « d’en haut », mais de nous...

I wish that was a change I could believe in.