Le Parlement des Rêves

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La seule à pouvoir battre Sarkozy

La seule à pouvoir battre Sarkozy

La seule à pouvoir battre Sarkozy

Ségolène ? « C'est la seule capable de gagner face à Sarkozy, mais je ne la soutiens pas à n'importe quelles conditions. Il faut prendre au bond ce qu'elle a dit pour en faire débat. La société française meurt d'absence de débat. »

Ce n'est pas moi qui le dit, mais ce bon vieux Daniel Cohn-Bendit dans un entretien pour lemonde.fr. Ce n'est pas moi... mais ça pourrait, tant je suis d'accord avec chaque mot de cet entretien à lire en suivant ce lien.

On notera au passage que Cohn-Bendit parle de Ségolène plutôt que de ce qui se passe chez les Verts français. Il faut dire qu'ils sont en train d'achever de me convaincre de leur incapacité absolue à s'organiser en quelque chose d'un minimum cohérent, et donc de leur incapacité à peser sur le débat politique.

Le premier tour du vote pour la désignation du candidat du parti a vu arriver en tête Voynet et Cochet. Ils se connaissent très bien. Ils sont peu ou prou sur la même politique, même si Cochet s'est embourbé dans un discours apocalyptique débile et contre-productif pour essayer de se démarquer. Et ils sont tous deux ex-ministres de l’environnement de Jospin, donc représentants de la stratégie d'Alliance avec le PS, très contesté par la pesante branche immature des Verts.

Résultats : ils sont arrivés à égalité des voix! Techniquement, deux voix d'avance pour Cochet au premier comptage, une voix d'avance pour Voynet au second. Et un accord annoncé ce mardi pour re-voter ce second tour (sans que la question de savoir comment ce nouveau résultat pourra être fondamentalement différent soit résolue). Très franchement, il n'y a que chez les Verts qu'on peut voir une situation aussi ubuesque. Comme l'est de les voir revendiquer "plusieurs" des "grands" ministères alors qu'ils ne font que se scléroser et plafonnent péniblement à 2% d'intentions de votes à la prochaine présidentielle.

J'aime beaucoup Dominique Voynet, parce qu'elle a un parler vrai véritable, une vision réaliste du monde et de l'application pratiques des idées et idéaux. Si c'est elle qui est finalement désignée, alors j'hésiterai probablement encore un peu. Mais une femme si intéressante soit-elle peut-elle faire quelque chose dans un parti en état de déliquescence aussi avancé que les Verts ? Il y a quelques années, la rumeur donnait Voynet partante au PS. J'en viens à me demander si elle n'aurait pas pu faire un usage plus intéressant de son temps là-bas.

Mais revenons à Ségolène.

Je disais donc que je partageais tout de ce qu'exprimait Cohn-Bendit dans cet entretien. Y compris ce dont le journaliste trop heureux a évidemment fait son titre, à savoir le diagnostic : « Ségolène Royal est la seule capable de gagner face à Sarkozy ». Plaçons-nous dans une perspective de second tour. Sauf redite catastrophique, à l'identique ou inversée, de 2002, nous avons donc Ségo contre Sarko. Ce dernier se fera fort d'incarner "la rupture" derrière un Chirac jugé trop mou, trop "ni-niologue", voire trop de gauche. Bref, Sarkozy va incarner une droite dure, très libérale. Face à lui, c'est un candidat rassurant qui peut gagner, quelqu'un capable de rassembler depuis la gauche-gauche (ce que Ségolène Royal peut mieux que n'importe lequel des autres présidentiables du PS, parce que c'est une femme qui incarne un certain changement, prélude à celui qui est demandé aux institutions) jusqu'à un centre-centre-droit un peu effrayé par Sarkozy (ce que réussiraient moins mois des PS perçus comme plus à gauche {Fabius, Aubry} ou d'autres trop souples sur les questions sociales {Strauss-Kahn, Lang}.

Un autre facteur, non-négligeable, entre en compte : la popularité qui ne peut être niée de Ségolène Royal. Depuis maintenant près de six mois, elle mène la dans de très loin, souvent crédité de 40 points d'avance sur son plus proche poursuivant. Cet engouement, qu'on le comprenne ou non, qu'on l'approuve ou non, qu'on l'estime issu d'une manipulation ou non, ne peut guère être nié, et ne donne aucun signe précurseur d'écroulement avant novembre. En conséquence, que l'appareil du Parti désigne un candidat autre que celui qui bénéficie d'une telle assise populaire serait envoyer un signal négatif fort, dans un pays déjà profondément affecté par la séparation de plus en plus béante entre la caste dirigeante et le reste des gens. Ce signal serait décodé comme une manifestation de mépris, et générerait du -- ou plutôt renforcerait une propension déjà en voie d'enracinement au -- vote sanction.

Enfin, ajoutons qu'il n'est plus possible de nier que, bon gré mal gré, Ségolène Royal s'est imposée comme celle qui provoque et anime le débat dans son parti. Ses dernières sorties, sur la politique de sécurité et les 35 heures, ne me semblent d'ailleurs pas dénuée d'une pointe de provocation.

On pourra faire une lecture basse de ce recours à la provoc', en le dépeignant comme une arme de plus pour garder le baton médiatique. J'y vois au moins une lecture haute : la bonne face de la provocation c'est qu'elle fait causer, c'est à dire qu'elle génère le débat. On peut alors y voir une manifestation concrète du mode théorique de campagne avancé par Ségolène Royal, selon lequel ses idées lui viennent des gens, des débats de la France.

Pour boucler la boucle, je rejoins donc une fois encore Cohn-Bendit dans son analyse. Constater que Ségolène est la seule chance de victoire de gauche en 2007, et tirer de ce constat la conséquence logique quand on est de gauche, c'est à dire qu'on la soutient, ce n'est pas signer un chèque en blanc. A nous, concernés par la candidature de Ségolène d'animer les débats, de mettre sur la table les problèmes. Qu'on me qualifie d'utopiste, je reste convaincu que la politique est l'affaire de tous les citoyens, et qu'elle peut changer à leur initiative. Et donc aussi que ceux-ci, ensemble et collectivement, portent une responsabilité qui n'est pas négligeable dans la faillite de notre démocratie (en l'état actuel des choses nous avons en effet fondamentalement la politique qu'on mérite)...