Le Parlement des Rêves

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Retour aux Urgences (Intégrale, partie 1)

Retour aux Urgences (Intégrale, partie 1)

Comme tout le monde, j’ai vu et apprécié Urgences, une des nombreuses grandes séries des années 90. Essentiellement sur France 2 même si, les dernières années, j’étais passé à des méthodes que la morale réprouve. J’ai décroché quelque part vers la saison 12, je ne sais plus très bien. Moins parce que je voulais arrêter que parce que cela a du correspondre à une période où c’était compliqué pour moi de télécharger, mais où j’avais déjà cessé de regarder la télé de façon traditionnelle.

Cependant, et contrairement à bon nombre de séries des années 90 que j’aimais beaucoup, je n’avais vu Urgences qu’une seule fois. Je n’ai jamais cédé aux sirènes de la moindre redif’ des premières saisons, parce que j’ai privilégié d’autres séries, et aussi parce que c’était une série dont j’estimais qu’elle avait ses hauts et ses bas. Je me rappelle que j’avais été vraiment déçu dès la deuxième saison, par exemple, la trouvant vraiment très en-dessous de la première.

L’envie de m’y replonger me trottait la tête depuis un moment, en partie parce que je n’ai jamais vu la dernière saison, ni même simplement le dernier épisode, et que j’avais envie de réparer ça. Il s’agissait aussi, quelque part, de vérifier le sentiment que «c’était mieux avant», en tout cas pour ceux qui aiment une télé qui parvient à concilier l’exigence, la qualité, et l’ouverture à un large public. J’ai un vrai problème avec la télé high art actuelle, celle où les élites parlent aux élites en se regardant le nombril. Même si elle n’est pas parfaite, ER me semble encore plus attrayante dans le contexte d’aujourd’hui.
J’ai donc cédé cet été, grâce à la magie de l’import, précisons-le au passage. La saison 1 est, à l’instant où j’écris ces lignes, à 26€12 sur Amazon.fr, à 25€99 sur iTunes – voire 40€99 si on a envie de profiter d’une version HD. Pendant ce temps-là, toutes les saisons sont entre 8 et 9 Livres sur le Amazon britannique. Le choix est vite fait.


Ma deuxième plongée dans ER me confirme vite qu’il s’agit d’une grande série. Le Pilote, remarquable, donne le ton d’une première saison vraiment incroyable, aux situations fortes et crédibles, aux personnages bouleversants d’humanité.

Et c’est agréable de revoir le tout en 16/9e – la série a été filmée dans ce format dès le pilote tourné au printemps 1994 – et en version originale (même si je garde de bons souvenirs d’une VF soignée). La série était tournée dans un décor hyperréaliste, avec des plafonds, et sa réalisation privilégiant les plans séquences conduisait à ce que le plateau soit éclairé de façon uniforme de sorte que l’on voit toujours ce qu’il se passe sans qu’il y ait d’ombres disgracieuses. Ce n’est donc pas la photographie la plus sublime jamais vue sur un écran de télé, mais elle a aussi quelque chose d’un peu intemporel – sans compter qu’une grosse partie de la télé française est éclairée comme ça en 2011. Pour un programme qui a 17 ans d’âge, je trouve qu’il a remarquablement bien vieilli. En outre, la qualité des lumières s’améliore assez vite au fil des saisons pour atteindre rapidement une qualité contemporaine.

Mais au fil de ce visionnage grosso modo 15 ans après le premier (la série étant arrivée avec deux ans de décalage sur France 2) je mesure aussi la part de ce que j’avais oublié. Au-delà des impressions générales, et de quelques images iconiques (les adieux entre Mark et Susan sur un quai de Chicago sont mon souvenir le plus clair, avec les déboires de Susan avec sa sœur et l’épisode ou George Clooney se débattait dans un torrent) j’ai oublié une grosse part des intrigues et des événements, surtout au début. Cela rend les choses d’autant plus agréables à suivre et je mesure que la série n’a rien perdu de son addictivité. J’ai commencé fin juillet, et en cette fin novembre, je viens de terminer la saison 7. C'est-à-dire grosso modo le milieu de la série et un point important de son histoire, ce qui vaut que je prenne le temps d’écrire ce bilan d’étape.

Certains de mes souvenirs se vérifient. Oui, la saison 2, son absence quasi-totale de cas médicaux mémorables (sauf à compter l’enfant que Doug sauve des eaux) et son soap opéra balourd (les problèmes de Doug avec son papa, pour commencer – Doug est un personnage formidable mais qu’il fallait manier avec précautions) est assez faible. Cela dit, la série se reprend assez rapidement par la suite.
Il y a aussi les choses dont je ne gardais qu’un souvenir ténu, comme la force et la subtilité de l’arc de Jeannie Boulet dans les saisons 3 et 4 (avant que son personnage ne soit inexplicablement oublié par les scénaristes). La qualité d’écriture, tant sur le plan des histoires que de la caractérisation et de l’évolution des personnages, est remarquable. Urgences est tout à la fois épique et intime, spectaculaire et sociale. Certains détails rares sont préservés des années. Par exemple, Carter a un type de fille: pendant des saisons, il n’est attiré que par des blondes, souvent plus âgées que lui. Je ne me souviens pas d’avoir vu cela souvent à la télévision, où la pression du temps est souvent trop importante. Ce trait de caractère disparaît comme pas mal d’autres choses, avec le début de la septième saison.

Urgences a été créée par Michael Crichton, ancien médecin, en ce sens que le Pilote est tourné d’après un script qu’il avait écrit des années plus tôt, dans l’espoir d’en faire un film de cinéma réalisé par Spielberg, et qu’il a simplement un peu raccourci pour le faire tenir dans un format télévisuel limité strictement à 90 minutes. Son implication dans la série elle-même est très faible, voire inexistante passé la première saison. John Wells est le premier showrunner de la série, qui dirige les trois premières saisons. Rien ne laisse deviner qu’il passe les reines à Lydia Woodward à partir de la quatrième. Présente depuis le tout début de la série, la scénariste est révélée par Urgences, elle la dirige à merveille dans les saisons 4 à 6.

Je me souvenais de cette sixième saison comme la dernière saison ‘‘classique’’ que j’avais adoré – c’est le cas, notamment parce que le va et vient constant de personnages limite le soap à une quantité minimum, et que les deux grandes intrigues soap de la saison concernent les personnages essentiels de Greene et de Carter, et ont toutes les deux un rapport avec la médecine (c’est l’agonie du père de Mark, victime d’un Cancer, et l’addiction de Carter après son agression). Lydia Woodward quitte la série après la saison 6, et c’est clairement le départ le plus dramatique qu’ait connu ER.

La distribution au début de la saison 6

La distribution au début de la saison 6

La baisse de qualité qui affecte la saison 7 est spectaculaire. D’une part, Jack Orman fait cette erreur horripilante qui consiste, pour un nouveau showrunner, à vouloir laisser sa marque et à changer des choses qui n’ont pas besoin de l’être. D’un coup, Carter saute sur des brunes et Weaver se met à flirter avec des filles, avant de se découvrir lesbienne au fil de la saison. Kovac, personnage formidable dans la sixième saison, subit une re-personnalisation totale: lui qui était doux et avait fait la paix avec son douloureux passé – cela se voyait à la façon dont il était heureux de montrer des photos de sa femme et d’un de ses enfants à Carol – est tout d’un coup un être instable et violent avec une plaie béante. Il tue un type à coups de poings dès le début de la saison.

Globalement, la dramaturgie devient incroyablement vulgaire et multiplie les rebondissements aberrants, gratuits et faciles. Dans les saisons précédentes, il y avait une à deux fois par saison un événement spectaculaire qui secouait les choses. Désormais, il peut facilement en survenir quatre dans le même épisode. L’épisode ‘‘The Dance We Do’’, écrit par Orman, est un calvaire insupportable. C’est dans cet épisode que Mark Greene découvre qu’il a une tumeur au cerveau, un arc symbole de tout ce qui ne va pas dans cette saison. A l’épisode 8, il découvre donc cette tumeur, fait une attaque spectaculaire, se voit confirmer par deux neurochirurgiens qu’elle est inopérable. Dans l’épisode 9, il rencontre un spécialiste à New York qui lui dit qu’en fait, on peut l’opérer. L’opération a lieu dans l’épisode 10, avec certaines complications. Mais dans l’épisode 12, il est déjà de retour au travail, avec un pansement sur la tête. N’importe quoi!

Heureusement, la deuxième moitié de la saison redescend un peu sur Terre, même si on reste loin de la subtilité et de la qualité qu’on associait à Urgences jusque-là. Sally Field, dans le rôle de la mère bipolaire d’Abby, est à peu près la seule réussite de la saison – et j’ai été frappé de voir que c’était la seule chose que je n’avais pas complètement oubliée! Mais cette année décidément noire a le mauvais goût de se finir sur une scène putassière autour de Mark Greene, très éloignée du personnage établi dans les saisons précédentes.

Comme quoi, on a eu beau parler beaucoup des départs d’acteurs, le plus important reste encore celui qui tient le stylo! Heureusement, Orman n’a fait que trois saisons à la tête de la série. Il me reste deux saisons de lui à (re)découvrir, histoire de voir si oui ou non il s’est racheté après ces premiers pas ratés. Je me souviens surtout qu’il y a d’excellents moments à venir après, notamment la saison 11 qui m’a laissé un très bon souvenir (et j’ai réalisé il y a quelques jours que la scénariste d’un épisode qui m’a incroyablement marqué, ‘‘Just as I am’’ [11.14] n’était autre que Lydia Woodward, revenue prêter main forte aux Urgences pendant deux saisons).


Il y a de fortes chances tout de même que mon voyage dans la deuxième moitié de la série soit moins plaisant, et donc rapide, que celui dans la première. Mais je reviendrais pour un bilan final une fois que j’aurais enfin terminé ER pour de bon!

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