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SCRIPTED REALITY – Le CSA s’aligne sur la position du CNC et jugera au cas par cas

SCRIPTED REALITY – Le CSA s’aligne sur la position du CNC et jugera au cas par cas

Le Conseil Supérieur de l’audiovisuel a rendu sa décision sur les programmes de scripted reality, après deux mois de concertations initiées suite à la levé de bouclier qui avait suivi une annonce informelle selon laquelle l’organisme de régulation de l’audiovisuel s’apprêtait à reconnaître tous ces programmes comme de la fiction – leur permettant ainsi d’être comptabilisés dans les quotas d’obligations de production et de diffusion des chaîne.

Les déclarations de café du commerce lancées à la volée ont parfois du bon. En octobre, en marge du Mipcom, François Laborde, membre du CSA, déclarait à Satellifax : ‘‘dans la mesure où il y a un décor, un scénario, un réalisateur et des acteurs, il nous est apparu que la scripted reality pouvait s’assimiler à de la fiction, et nous avons estimé que ce genre pouvait effectivement entrer dans les obligations des chaînes’’.

Finalement, le Conseil souligne aujourd’hui, à l’issue de deux mois de concertation auxquels ont notamment participé les représentants des créatifs (Guilde française des scénaristes, 25 Images, SACD), ‘‘qu’il se prononcera cas par cas sur la qualification de ces programmes chaque fois qu’ils auront été déclarés par les chaînes au titre des obligations de production et éventuellement de diffusion’’. Soit la position arrêtée par le CNC il y a quelques mois de ça. Le CSA précise toutefois : ‘‘il n’y a pas de lien automatique entre ses appréciations et celles que fait le Centre national de la cinématographie et de l’image animée pour une éligibilité au compte de soutien à l’industrie des programmes (Cosip)’’.

En clair, une scripted reality reconnue comme une fiction par le CSA peut ne pas l’avoir été pour le CNC et inversement. Pas simple, et la voie ouverte à de futurs recours, officiels ou médiatiques.

Cette décision est logique, dans la mesure où le label scripted reality recoupe une grande variété de programmes différents. Il n’y a pas grand-chose de commun entre « Le Jour où Tout a Basculé » et « Hollywood Girls ». Si la scripted reality produite par Julien Courbet joue à fond la carte de la confusion pour se faire passer pour un documentaire auprès du public (raison pour laquelle ces programmes sont effectivement indignes du service public, qui devrait au contraire travailler à éduquer son public aux images plutôt que de chercher à l’embobiner), celle de NRJ 12 est de toute évidence une fiction, un très mauvais et rocambolesque soap.

« Hollywood Girls » ne se rattache au genre scripted reality que parce que les acteurs et personnages partagent le même prénom (ce qui était déjà en vigueur à AB Productions), parce que les dialogues sont soi-disant improvisés, et parce que la stratégie est celle de l’hyper low-cost : le label permet de moins payer tout le monde, notamment les auteurs. Mais les acteurs, payés par certains producteurs de scripted à la pige, comme des journalistes, ne sont pas épargnés par la précarité généralisée que certains producteurs sans vergogne voudraint faire passer pour un el dorado, en n'hésitant pas à recouir au chantage à l'emploi.

L’ambigüité que relève le CSA, le fait que certains programmes pourraient être reconnus comme des fictions par le CSA mais pas par le CNC pose toutefois question.

Et si on s’attelait à définir le genre fiction ? Dans son communiqué, le CSA a pris soin de ne pas désavouer Christine Laborde, et de s’en tenir à sa définition ridicule (les émissions de réalité scriptée ‘‘paraissent le plus souvent recourir à la scénarisation, à la réalisation et à l’interprétation et sont susceptibles, à ce titre, de s’apparenter à des œuvres de fiction’’, écrit le Conseil). Celle-ci est susceptible de générer de multiples effets pervers, comme je l’évoquais dans ma précédente note sur le sujet.

Définir une fiction ne me semble pourtant pas si difficile. En tant qu’œuvre créative, elle devrait nécessairement s’appuyer sur ses créatifs. Bref, on pourrait facilement définir un pourcentage minimum du budget à investir dans le scénario et dans la réalisation pour qu’un programme puisse s’appeler une fiction. Voilà qui pourrait peut-être par ailleurs contribuer à mettre fin au sous-financement chronique de l’écriture en France.

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