Le Parlement des Rêves

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Séries: bref bilan de fin de saison

Séries: bref bilan de fin de saison

La saison télé américaine est sur le point de se terminer. Celle-ci fut marquée par la grève des scénaristes : d'abord, elle a arrêté la production de toutes les séries pendant trois mois ce qui a provoqué des saisons raccourcies de plusieurs épisodes pour pas mal d'entre elles. Ensuite... et bien, à part ça il n'y avait pas forcément grand-chose de mémorable.

Coté nouveautés, ma série préférée de l'année aura, je dois bien l'avouer, été Gossip Girl. Bon, la série a un peu plus de qualité qu'elle n'en a l'air, et surtout elle se révèle particulièrement jouissive à regarder à mon sens. Chronique de la vie d'un groupe de lycéen d'un établissement ultra-huppé de Manhattan, la série incorpore une famille "pauvre" qui vit dans un immense et magnifique loft à Brooklyn, c'est vous dire si ces gens ont des problèmes graves. La série joue à fond la carte de la polysémie : vous pouvez tout autant la regarder au premier degré qu'au second -- et elle devient alors une critique particulièrement acerbe de ce milieu effrayant de mauvais goût (par exemple, les personnages sont tous habillés en haute-couture, et ça fait peur tellement c'est vilain). En début de saison, quand j'en voulais encore beaucoup aux jeunes Pierre-Antoine et Marie-Chantal qui avaient permis l'élection de Nicolas S., Gossip Girl s'était révélée un exutoire non dénué d'intérêt. Sauf que... Sauf que les personnages sont plutôt bien écrits, que les adultes ont été ingénieusement développés pour commenter et complémenter les vies des ados, et que j'en suis inévitablement venu à m'attacher à eux, juste au moment où la série introduisait Georgina, une pétasse larger than life, digne héritière des garces flamboyantes de Côte Ouest ou Dynasty.

Mais enfin, quand même, cette place sur le podium un peu usurpée témoigne du problème de la série US depuis trois ans : le genre stagne en attendant un nouveau revival qualitatif qui ne manquera pas d'arriver d'ici quelques années.

Ah si, sur le câble il y a eu Breaking Bad, qui confirme ce que les gens d'esprit savaient déjà : Vince Gilligan est un grand scénariste et un immense créateur de personnages. Mais je n'en parle pas trop car il se trouve que je n'ai pas encore fini la (pourtant courte, je sais) saison. Je n'ai pas fini non plus la sympathique mais pas transcendante Pushing Diaisies, croisement entre le style Amélie Poulain et le Tim Burton light de cette dernière décennie. Les acteurs sont sympathiques mais ça reste un peu fade.

J'ai aussi suivi la sympathique Aliens in America, comédie sur une famille américaine moyenne accueillant dans le cadre d'un échange un lycéen musulman pakistanais. Le pitch pouvait prêter au pire, la série a plutôt montré le meilleur, même si les épisodes étaient assez inégaux. Elle a été annulée, tout comme Back to You, sitcom classique de chez classique, inégale aussi mais très souvent drôle.

Du coté des séries de retour, la surprise est incontestablement venue de Lost, qui a fait un retour remarqué à partir de la mi-saison 3, après quand même deux bonnes années de médiocrité. Bénéficiant paradoxalement de la chute d'audience et d'intérêt, les auteurs ont négocié avec ABC la date de la fin de la série et pu enfin décider de l'histoire qu'ils racontaient et la planifier correctement. Le dernier épisode de la troisième saison amorçait un retournement relatif mais tout de même sensible de la structure du show, et il est devenu de plus en plus apparent que le temps du remplissage était révolu, en dépit d'une crise d'appendicite par ci, par là. L'épisode The Constant, formidable segment centré sur Desmond, a par ailleurs abattu les cartes des auteurs et enfin révélé entre les lignes le fin mot de l'histoire que la suite de la saison n'a fait que progressivement confirmer : boucle temporelle et voyages dans le temps et dans l'espace sont donc bien au programmes. Je n'ai absolument jamais compris la frange du public de Lost persuadée qu'une explication rationnelle viendrait ramener ours polaires dans la jungle, fumée noire tueuse et fantômes se baladant un peu partout dans le cadre de la normalité, donc je ne viendrais pas me plaindre de ce que l'aspect science-fictionnel du show soit enfin assumé.

A l'inverse, Heroes a, à son tour, sombré dans la malédiction de la seconde saison pourrie. Et comme la première ne volait déjà pas bien haut... Pratiquement rien à sauver de ce désastre, si ce n'est éventuellement le sourire de Nicholas D'Agosto (juste le sourire, hein, pas le personnage ni la storyline)...

Séries: bref bilan de fin de saison

La malédiction n'a pas frappé aussi fort Friday Night Lights, qui partait, elle, de la place d'une des toutes meilleures séries actuellement en production. Je ne fais pas partie de ceux qui ont été totalement allergiques à l'arc dramatique centrée sur le meurtre de la première moitié de cette saison, mais force est de constater que les problèmes sont devenus évident dans la gestion des personnages, de leurs interactions et des divers équilibres de la série. Jason Katims devrait pouvoir se recentrer l'an prochain, alors qu'il fut cette année sollicité pour essayer de sauver Bionic Woman, sur laquelle je ne ferais aucun commentaire par charité. (La photo à ma droite est une publicité très consciente pour FNL: oui, ça parle de Football américain, mais je vous assure qu'on peut y trouver plein d'intérêt ^^.)

Desperate Housewives se laisse doucement regarder, mais quand même : quand on pense au bijou de la saison 1 qui provoquait son public et sollicitait sa réflexion sur l'American Way of Life, la comédie dramatique plate et sans grande saveur qu'elle est devenue fait un peu de la peine. Heureusement que le couple Scavo est là pour procurer un peu de l'ancrage émotionnel et humain qui lui fait désormais si cruellement défaut. Marc Cherry et ses scénaristes en sont désormais réduits aux artifices les plus éhontés pour tenter de maintenir l'intérêt, et les dernières minutes de cette saison resteront probablement dans les annales des rebondissements les plus cheap de l'histoire des séries télé...

Je suis bien content d'être au Village, parce que je dois vous avouer que la fiction anglaise devient de plus en plus indispensable à un sériephile dans mon genre...

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