Le Parlement des Rêves

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"Un nouvel été" (ex-"Je suis parti", ex-"La photo")

"Un nouvel été" (ex-"Je suis parti", ex-"La photo")

Allez, j'avais promis un billet sur le sujet, je m'y colle tandis que l'automne s'abat sur Lyon en ce début septembre. Ah, on m'informe dans l'oreillette que nous serions en fait début août et que ce serait toujours l'été. Nous y reviendrons dès que nous aurons pu vérifier cette information douteuse. D'ailleurs je vois mal comment PPDA aurait pu bronzer autant rien qu'en juillet...

Donc...

J'ai profité de l'atelier scénario inscrit au programme des UEEH pour écrire puis tourner avec les moyens du bord un petit film dont j'ai voulu -- étant là pour AIDES -- qu'il soit axé sur la thématique Sida. J'ai donc défini une petite historiette qui d'ailleurs rejoint en un certain sens un petit peu l'histoire de la pièce "Passer la nuit" (encore un billet à faire, d'ailleurs) à cette différence près qu'elle s'intéresse en quelque sorte à l'autre versan du couple que la maladie a séparé.

Je n'ai pas encore commencé à m’atteler au montage parce que je n'en ai jamais fait et que cela va donc me prendre, je suppose, un peu de temps. J'attends donc d'être un peu disponible, ce que les 10 jours de vacances prochain devraient me permettre d'être. En attendant, voici le scénario tel que je l'ai écris sur place, à Luminy. Je vous avoue que le script est un poil cul-cul, mais ça m'a plu de le faire malgré tout.

« Un nouvel été »


SCENE 1 – PATIO ENSOLEILLE – EXT. JOUR

Deux hommes, Sébastien et Christophe arrivent, un sac à dos à la main, une serviette sur leurs épaules.

CHRISTOPHE
On se met là ?

Sébastien hoche la tête. Il pose son sac à dos sur le sol. Les deux étalent leur serviette de plage cote à cote. Sébastien se baisse pour attraper un flacon de crème solaire dans son sac. Au passage, il manque de faire tomber son portefeuille de la même poche.

Christophe remarque le portefeuille qui dépasse. Avec un sourire mutin, il s’en empare et l’ouvre, une photo s’y trouve.

Sébastien est en train de se passer de la crème.

CHRISTOPHE
C’est qui ça ?

Christophe montre à Sébastien la photo. Sébastien reste sans rien dire. Puis, un léger sourire sur le visage, il s’assied face à Christophe, dont l’expression est toujours interrogatrice. Il prend la photo, la replace dans le portefeuille, qu’il pose sur le sol.

SEBASTIEN
C’est personne.

Pour clore la conversation, il s’approche de Christophe et l’embrasse...

SCENE 2 – MÊME PATIO, PLUS TARD – EXT JOUR

Sébastien et Christophe sont maintenant torses nus, allongés les yeux fermés sur leurs serviettes. Sébastien se redresse, et regarde un instant son amant assoupi. Ses yeux s’arrêtent sur le portefeuille, toujours posé sur le sol à coté de lui.

Un instant plus tard, Christophe a de nouveau sorti la photo. On entend le bruit d’un briquet derrière lui. Sébastien s’est assis et allume une cigarette.

SEBASTIEN
Il s’appelle Cédric.

CHRISTOPHE
(Regardant toujours la photo)
Tu l’as aimé. (Silence.) Pourquoi c’est pas lui qui est là avec toi?

SEBASTIEN
Je suis parti.

Un temps.

Christophe se retourne vers Sébastien, de la curiosité bienveillante sur le visage.

CHRISTOPHE
Pourquoi on quitte un mec qu’on aime ?

Sébastien soupire en crachant de la fumée de cigarette.

SEBASTIEN
Parce qu’on l’aime.
J’étais avec Cédric quand j’ai découvert que j’étais séropo. Lui ne l’était pas. J’ai eu trop peur. Peur pour lui, peur de la responsabilité. Je me suis enfui, comme un lâche, sans jamais lui dire pourquoi.

Christophe s’approche de Sébastien, souriant, pose sa main sur sa joue.

CHRISTOPHE
Les choses changent.

Sébastien serre Christophe contre lui.

SEBASTIEN
(Lui murmure à l’oreille :)
J’espère.

Ils s’embrassent en s’allongeant.

Sur le sol, un emballage ouvert de capote est resté posé entre les brins d’herbe...

FIN.

Quelques remarques :

  1. Le script est très soft dans ses descriptions. Pudique moi-même, je me voyais mal imposer à deux étrangers de faire ci ou ça si ce n'était pas totalement nécessaire, et en suis donc resté au minimum à l'écriture prévoyant de voir en fonction des deux acteurs au moment du tournage. En l’occurrence ils étaient moins timides que moi, les scènes d'amour suggérées seront donc un peu visualisées dans le film.
  2. Personnellement, je trouve ce scénario trop propre, trop "droit au but", trop carré. D'un coté ça fait son efficacité, d'un autre, c'est un peu bulldozer. Remarquez, rien qu'avec ça, j'ai estimé d'après les rushes que le résultat monté devrait avoisiner les quatre minutes. En tout cas, tout cela m'a aussi donné l'envie de travailler à l'écriture d'un court-métrage plus long et élaboré autour de cette même idée, plus proche de l'idée initiale dont j'ai parlé dans le compte-rendu de ma semaine aux UEEH.
  3. Petite différence Script/film : Olivier ne fumant pas et n'ayant jamais fumé, le fait que son personnage devait filmé a été supprimé. Avec une pointe de regret de ma part sur le coup, parce que j'aimais bien l'idée, même si elle est très cliché. Mais finalement, à la vision des rushes le film s'en passe très bien.

A propos du tournage, celui-ci s'est fait en pas tout-à-fait deux heures, ce qui est très peu pour quatre minutes utiles de film (quoi que j'ai, c'est vrai, tourné quelques plans d'ambiance en plus le lendemain). Malgré tout, j'aime plutôt beaucoup les rushes! Djémil et Olivier étaient à la fois très bons et très cool, ce qui a aussi forcément rendu les choses faciles. Par contre, la rapidité aura eu son prix : deux énormes bourdes de réalisation. D'abord un plan où on ne voit QUE mon ombre à l'image (j'exagère mais elle se projette en gros bien au milieu de l'écran). Il faut dire que c'était compliqué puisque nous avons tourné au coucher du soleil. Ensuite, une énorme erreur de champ/contre-champ, dont je me reproche beaucoup de l'avoir commise d'autant plus que j'en avais déjà fait une similaire en réalisant Helios Bug 2 il y a quelques années. En clair, pour que tout le monde suive, j'ai placé mes deux interlocuteurs du même coté de l'écran alors qu'ils se parlent. Ce n'est pas catastrophique puisqu'il n'y a pas tant que ça de dialogues et qu'en fait, ce contre-champ ne devait me servir que sur une seule d'entre elles ("les choses changent"). Je verrai au montage si ça passe quand même où si je dois faire sans ce plan.

Je vous tiendrai au courant des avancées ! ;-)

"Un nouvel été" (ex-"Je suis parti", ex-"La photo")