Le Parlement des Rêves

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Mes 10 séries, partie 5/5: Community et Reporters

Mes 10 séries, partie 5/5: Community et Reporters

10 séries. Celles Dont les DVD repassent très régulièrement dans mon lecteur. Celles qui m’ont le plus marqué. Mes 10 séries. Je les aborde par le biais de cinq billets ludiques qui reviendront à chaque fois sur deux d’entre elles. Elles sont listées sans ordre particulier (c’est déjà assez dur de n’en choisir que 10).

Community

Jeff Winger était la caricature de l’avocat arrogant. Mais après qu’il ait été révélé qu’il avait fraudé pour l’obtention de son diplôme, il doit reprendre le chemin de l’université. Il se retrouve dans un Community College, une Université Publique, le tiers-monde de l’éducation aux Etats-Unis. Cherchant à draguer la belle Britta, il constitue un groupe d’étude pour réviser l’espagnol. Il forme ainsi malgré lui un groupe d’amis très hétéroclite: une mère célibataire afro-américaine, un geek aux tendances autistiques, un soixantenaire… Au sein du Study Group, tout peut arriver. Et surtout n’importe quoi!

Community est certainement l’élément le plus à part de cette liste de dix séries: non seulement elle est en cours, mais en plus elle n’a que deux saisons au compteur. Pour autant que je sache, la prochaine troisième saison pourrait être à la fois totalement nulle et un grand succès, noyant les fantastiques deux premières saisons parmi dix autres saisons médiocres. C’est toutefois hautement improbable.

Il n’est pas forcément facile de dire ce qu’est Community, parce qu’elle peut être plusieurs choses. Mais on peut commencer par dire ce qu’elle n’est pas, c'est-à-dire sa poignée de premiers épisodes poussifs dans lesquels auteurs et acteurs tâtonnent pour trouver un ton. Il est d’ailleurs intéressant de les voir le trouver petit à petit (le premier exemple qu’il commence à se passer quelque chose étant les génériques de fin réunissant Troy et Abed).

Et puis, assez brusquement, Community devient une série immensément jouissive, mais aussi totalement expérimentale et imprévisible. Mélange de sitcom classique, d’humour post-moderne hyper-référencé, d’humour métatextuel, et de délires originaux, la série surprend à chaque épisode.

L’un des éléments formidables est que les références culturelles, nombreuses, ne sont pas, comme c’est souvent le cas ailleurs, des béquilles pour la narration. Un épisode de la deuxième saison est par exemple fondé sur une référence au film «My Dinner with André». Je n’ai pas vu le film, et cela n’enlève rien à l’épisode, qui se suffit largement en lui-même.
Une autre caractéristique de la série est sa capacité à réussir avec autant d’aisance des épisodes spéciaux (le premier épisode Paint-ball, détournement hilarant des films de guerre, l’épisode de Noël entièrement réalisé en pâte à modeler animée, façon Wallace & Gromit) que les ‘‘bottle episodes’’ – les épisodes économiques se passant dans une seule pièce, comme celui où Annie pique une colère parce qu’on lui a encore piqué son stylo, et exige qu’on lui rende, ou l’épisode Donjon et Dragon.

Community se trouve aussi une place qui lui ait propre sur le terrain de l’humour, en étant capable de privilégier pendant des épisodes entiers l’amusement ironique au gros rire gras, ce qui est rare pour une sitcom.

Les expérimentations de Community ont une conséquence évidente: la série est plus inégale que si les auteurs proposaient grosso modo la même chose à chaque épisode. Mais si Community connaît quelques bas, ses hauts s’élèvent tellement plus haut! L’attrait de la surprise et de l’originalité est énorme, surtout à notre époque.

L’intelligence et l’intégrité du créateur/showrunner Dan Harmon, envers ses personnages comme envers les spectateurs, semblent tellement énormes qu’il m’est vraiment difficile d’imaginer que Community puisse réellement déraper.

2009 ~
NBC / Sony
Créé et showrunné par Dan Harmon
Avec Joel McHale, Gillian Jacobs, Danny Pudi, Chevy Chase…

Mes 10 séries, partie 5/5: Community et Reporters

Reporters

Le journal, 24 Heures dans le monde, est en train d’être racheté par un grand groupe. La chaîne, TV2F, cherche à gratter de l’audience à la chaîne privée concurrente. Un membre de chacune de ces deux rédactions est pris en otage dans un pays de l’es URSS. Dans ce contexte tendu, un fait-diversier explore les recoins de l’âme humaine, une journaliste politique retrouve un ancien amant devenu conseiller au Ministère de l’Intérieur, un journaliste d’investigation remonte la filière d’un trafic d’armes qui croise bientôt l’affaire de la prise d’otage...

Au-delà d’être un plaisir, de son versant entertainement qui bien sûr est essentiel, je crois que la fiction, quelqu’en soit le support, à un rôle à jouer dans la marche du monde. Reporters le remplit comme peu d’autres, et c’est ce qui lui vaut cette place parmi mes dix séries.

Il y a des faits d’actualité, des événements réels, qui peinent à trouver une place dans les journaux, pour des raisons plus ou moins légitimes.
Parce qu’ils sont trop complexes pour être facilement expliqués, qu’ils peuvent paraître «abracadabrantesques» selon le mot de Jacques Chirac, ou être «des fables» selon le mot particulièrement ironique de Nicolas Sarkozy. Ou bien parce qu’un journal a besoin de faits prouvables, de sources à citer, et que cela n’existe pas toujours.

Dans ces cas-là, la fiction est le meilleur moyen de raconter le monde réel et Reporters s’est employé à décrypter les rouages cachés du monde avec une acuité rare: c’est bien simple, elle a semblé prophétique à plus d’une reprise.
Mais c’est parce que les aiguilles d’une montre sont amenées par leurs engranges à repasser par la même position que les auteurs ont de Reporters ont ainsi pu annoncer l’avenir dans des domaines aussi divers que le fait divers (Marc Machin / Thierry Augé), l’économie de la presse (Libération / 24 Heures) ou l’affaire d’Etat (attentat de Karachi / attentat de Riyad).

Au milieu de ces affaires plus vraies que le vrai, Reporters assurait aussi sa part de divertissement. Elle reposait sur des personnages solides et très bien interprétés – même si elle a un peu souffert du retrait imposé par la chaîne du personnage de Schneider en saison 2 – qu’on suivait se débattre au sein d’un système sur auquel ils arrivaient, quelques rares fois, à arracher une victoire.

L’affaire au cœur de la première saison donnait lieu à un quasi thriller, aspect intensifié dans une deuxième saison au démarrage remarquable et qui accentue le refus de Reporters du manichéisme en s’approchant d’une forme de rédemption pour son personnage de politique, ‘‘méchant’’ principal de la première saison.

La série, intelligente sans être inaccessible, a toujours laissé totalement désemparé le département marketing de Canal+. Pour ne rien simplifier, elle avait l’inconvénient de surtout plaire aux moins de 35 ans, cible qui n’intéresse personne en France. On se contentera donc de deux saisons et 18 épisodes...

2007 - 2009
Canal+ / Capa Drama
Créé par Olivier Kohn
Avec Anne Coesens, Jérôme Robart, Patrick Bouchitey, Grégori Derangère…

Mes 10 séries, partie 5/5: Community et Reporters

Elles auraient pu en être...
Si les dix avaient été vingt, par exemple, quelques autres qui l’auraient mérité auraient pu être citées. Par exemple Millennium, Once and Again, Knots Landing/Côte Ouest, Terminator The Sarah Connor Chronicles, Minuit le soir, Jekyll, ER/Urgences...

Les honteusement négligées…
J’ai deux, trois ou quatre saisons de retard, voire je n’ai pas encore commencé. Pourtant, je suis sûr qu’une fois que je m’y mettrai ces séries ont le potentiel de chambouler ce classement. Par exemple Breaking Bad, The Wire, The Good Wife, Mad Men...