Le Parlement des Rêves

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Du Sit-in au Die-in (Nés en 68)

Du Sit-in au Die-in (Nés en 68)

Nés en 68 est à l'affiche de votre cinéma préféré depuis peu, pourtant il sera peut-être trop tard pour le voir dès ce mercredi. Pour ma part, j'ai réussi à le voir in extremis ce mardi soir.

Évacuons un problème d'emblée : Ducastel et Martineau, les deux réalisateurs (Jeanne et le garçon formidable, Un drôle de Félix, Coquillage et crustacés...) renouent avec un travers auquel ils nous ont habitué. C'est à dire enchaîner constamment, sans avoir l'air de remarquer la différence, une scène bouleversante de justesse et de sensibilité, et une autre catastrophique de lourdeur, d'irréalisme et aux dialogues si faux qu'on s'en arracherait les oreilles. C'est la même chose avec la direction d'acteur (en même temps certains dialogues sont pour le coup vraiment injouables) et il faut être sacrément bon comédien pour être juste dans toutes ses scènes d'un de leurs films.

Ceci dit, ce film m'a beaucoup touché. Nés en 68 est un film sur le militantisme, sur le combat, sur ses joies et ses profondes désillusions. Il commence quand un trio de vingtenaires naît à la vie sur les barricades de 68 et se termine quand les mêmes, après une vie tiraillé entre la tentation de la compromission et celle de la radicalité totalitaire, assistent à l'élection de celui qui promet d'en liquider l'héritage. Entre temps, on aura vu leurs enfants se battre eux-mêmes, loin d'être épargnés par les contradictions de leurs aînés, ni par la violence de leur époque. Le film se résume bien au parallèle entre deux scènes : dans les années 70 Catherine et d'autres femmes de sa communauté hippie font un sit-in joyeux et chantant pour revendiquer le libre usage de leur corps, le droit à l'avortement. Vingt ans plus tard, au début des années 90, son fils homosexuel et séropositif, militant à Act-Up fait un die-in, allongé sur le bitume dans un silence de mort pour réclamer que le tabou de la sexualité, qui n'a pas été levé, ne condamne pas les malades du Sida à l'abandon.

Plus généralement, le film n'élude pas le paradoxe et les évolutions de la contestation, par exemple dans cette joli scène ou le père libertaire et attaché à l'amour libre peine à comprendre ce fils qui milite pour avoir le droit au mariage et à la parentalité.

La seconde moitié du film est la plus réussie. Conçu au départ comme un 2x90 minutes produit par Arte, on retrouve en effet deux parties bien distinctes, la première couvrant les années 68 à 81, et la deuxième la fin des années 80 à 2007. Amusante mais parfois presque agaçante parce qu'elle est facile et sonne souvent faux, la première partie suit la tentative hippie de communauté sur une colline du Lot. La seconde traite du sujet bien plus original de l'héritage de 1968 après deux puis trois décennies. Elle a l'avantage de sentir le véu, et bénéficie aussi du jeu sensationnel de Théo Frilet, que j'ai découvert dans ce film (et qu'un directeur de casting intelligent aura tôt fait de caster dans le rôle du frère de Nicolas Gob).

Ducastel et Martineau sont loin d'éviter le mythe un peu romantique du militant flamboyant, mais ils le font au moins avec un certain recul (au moins deux scènes en témoignent : celle de Yves évitant l'armée et celle de la rencontre de Boris avec le militant de Aides) et la capacité de poser des questions justes.

Du Sit-in au Die-in (Nés en 68)